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L'esquif


Cher Theus,

Je t'écris encore. Sans attendre ta réponse. Souvent je me dis que tu ne répondras plus, que tu te seras lassé de cet échange épistolaire, que mes fuites t'auront essoufflé, que tu auras trouvé un être assez étrange et sensible, plus constant que moi, pour te comprendre et me remplacer dans tes rêves.

Du rêve, de l'impalpable, c'est ce que nous sommes. L'invisible nous escorte, et dans cet esprit sans matière, moi je me sens bien.

Le monde traverse des tourmentes, et je mentirais si je disais que je ne sens pas les fêlures de la croûte terrestre, les vacillements. Même sur cette eau calme dont je m'entoure, je sens les lames de fond. Mais quelque chose me dit que mon esquif ne chavirera pas. Pas maintenant. Je n'ai rien à quoi m'accrocher, toute attache solide se dérobe, se dénoue, et en réalité je ne veux pas d'amarres, je m'éloigne des côtes en confiance, je sais que je trouverai une crique paisible au ressac léger.

Je n'ai pas besoin de toi, mais je t'aime. Je te le dis pour la première fois. Je t'aime.

Si nous devions être engloutis par un Donald Trump réélu, si nos repères professionnels et sociétaux venaient à disparaître, si le désir de justice et d'équité désertait nos univers, si les grands possédants venaient à dépouiller la populace éclairée que nous sommes, si les populations paupérisées se soulevaient contre le système qui les oppresse, qu'un ouragan secouait comme une apocalypse le monde des vivants, je dois te dire mon amour, ma tendresse, ma joie de te lire, de te voir travesti en chien, en corneille, en poisson rouge pour me surprendre dans mon quotidien genevois. J'ai aimé chacune de tes visites.

Mes fuites ne sont pas des détours. Juste un moyen de te tenir à distance. Car moi, Ada, je dois être moi. Et cet élan vers mon être intime ne me permet pas de me décentrer. Dans une ancienne vie, mon bien-être a trop souvent dépendu de celui des autres. A présent, le minerai profond auquel je m'attelle ne peut être extrait que si je reste concentrée sur ma tâche. Donc j'ai mon piolet et je creuse. Je creuse mon territoire - petit comme un timbre poste. Pour mieux y accueillir ensuite ceux que j'aime. J

Que ton coeur reste vaillant. nos embarcations se croiseront à nouveau.

Ada (de la mer)

Ps. Si je partais vivre à Banyuls-sur.mer? J'y pense souvent,

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