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Il est des jours de neige où l’on attend le printemps


Cher Theus,

Il est des jours de neige où l’on attend le printemps. Où la bise érafle les joues. Tout se brise, tout fait mal et râpe l’âme et le corps.

Il fait froid partout, le vent s’engouffre dans mon manteau, dans les plis de l’écharpe et de la chair. Les orteils se recroquevillent dans les bottines. On marche vite, tout le corps se tend.

Combien sont-ils à dormir dehors, dans cet air glacé ? Je n’en ai pas vu sur mon chemin ce soir, mais je les sais là, je les sens. Tous ces digicodes à l’entrée qui leur barrent la route. Samedi, une jeune femme jouait de la guitare, les mains bleues, assise en tailleur sur le pavé des rues basses, tu sais, ces rues passantes à Genève, où des meutes de gens pomponnés se massent pour saisir les dernières soldes, ou alors les premières collections colorées du printemps. Elle ressemblait à la prof de guitare de ma fille - hé bon, elle jouait carrément mieux que ma fille. Sourire intelligent, plein de reconnaissance, je lui avais juste tendu 5 CHF. 5 francs. Pour ce prix-là, je ne mange pas à la cafétéria du bureau, ou alors trois feuilles de salade, vingt lamelles de champignon et dix pousses de soja.

Il est des jours de neige où les tropiques semblent doux. Juste une température équitable, un climat qui n’aiguise pas les déséquilibres iniques de richesse et de pauvreté. On en oublierait presque la misère de l’Afrique.

Il est des jours de neige où tout grelotte. Je vais plutôt bien, il fait chaud dans mon appartement, j’avance dans ma drôle de vie.

Bien à toi

Ada

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